mardi 20 août 2013

L'estuaire

Je vous avais donné un avant gout des expressions québécoise, mais promis je vais refaire un article sur le florilège de ce que l’on a pu entendre par ici.

Pour le moment, voyons la journée d’hier. Dimanche nous avons débarqué du fond de la Gaspésie et nous avons fait halte dans une petite ville touristique Rivière au Loup. Situé sur l’estuaire du St Laurent on a l’impression d’être face à la mer tellement le fleuve est large par ici. 
En fait nous sommes dans une zone stratégique du fleuve. Sur l’autre rive presque en face la ville de Tadoussac, totalement inconnue pour la plus part d’entre nous elle délimite pourtant un endroit très spécial de ce fleuve. 
Le St Laurent est un fleuve, donc en eau douce, mais la grandeur de son estuaire et la force de l’atlantique, pour ceux qui connaissent les marées bretonne, font que l’océan remonte et gorge d’eau salé le fleuve sur une zone immense. 

L’eau douce du fleuve est donc mélangée à l’eau salée de l’océan. Mais a Tadoussac le fond marin prend fin et les profondeurs encore abyssale de l’océan s’écrasent contre une falaise immergée. Les trois cents mètres de fond de cet estuaire, remonte soudainement à trente mètre. Ces masses d’eau salée et douce se rencontrent et se mélangent dans un courant et des tourbillons étonnants. Il est facile de voir les lignes d’eau issues de divers courant presque aussi visible que la ligne blanche tracée au milieu de la route. Si tout ceci est visible en surface, on peut imaginer les forces et les pressions colossales qui s’exercent sous l’eau. 

Ce brassage d’eau océanique qui arrive et ce fracasse contre cette falaise, une sorte de tsunami immergé et permanent ! Mais comme souvent, les subtilités de la nature ont des effets. Ici, l’effet qui nous est réservé est l’un des plus beaux spectacles que l’on puisse contempler. Cette vague abyssale draine avec elle une quantité énorme de nourriture minuscule telle que plancton, krill et autres.

Krill est, dans je ne sais plus quelle langue nordique, une forme de traduction littérale de nourriture à baleine. Et vous voyez donc un peu mieux ou je veux en venir ! Cet estuaire regorge de toute sorte de baleine, un vrai sanctuaire. De la baleine franche ou rorqual commun, du Béluga soit la baleine blanche. De son terrifiant cousin qui a le même nom en anglais et en français « whale killer » soit la baleine tueuse ou Orque, mais aussi de la baleine à bosse ainsi que la plus grande, la baleine bleue.

Ces immenses cétacés ne sont pas les seuls habitants du coin. Ce milieu si riche est aussi l’habitat de quatre sortes de phoque, de marsouin et de dauphin. Il nous était donc impossible de ne pas se faire une ballade en « mer » pour aller admirer ces animaux. Lundi matin 9 heures au port!

Voir le dos blanc immaculé d’un béluga, fendre ces eaux foncées qui vont du brun café au lait au bleu foncé en passant par le vert, est un spectacle qui à lui seul vaut déjà le détour. Le museau noir des phoques, qui par banc entier, viennent soudain guigner en surface pour voir qui dérange leur pêche sous marine. Des marsouins qui de temps à autres viennent montrer leur nageoire dorsale et soudain… une nageoire plus noire et seule et un dos plus long. Ce n’est pas un marsouin, c’est une baleine franche, la plus petite, mais huit à dix mètres quand même !

Et puis vient le moment de la rencontre, le moment ou le bateau mais les moteurs quasi à l’arrêt et malgré deux cent cinquante personnes à bord, on entendrait péter une moule ! Jusqu’au moment où
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     - Elle souffle !

Et là c’est la ruée. Le bateau de près de trente mètres penche car tous sont agglutiné du même côté pour voir l’animal. Comme l’a dit le capitaine, « ce navire est construit comme le Titanic, il est insubmersible, vous ne risquez rien ! »  Un car complet de Chinois était à bord, jouant des coudes pour approcher la balustrade, et je les soupçonne d’avoir vu le bestiau plus comme un méchoui géant que comme un animal à protéger. Car faut il encore le rappeler, Chine, Japon et un pays nordique membre de la CEE, continuent la pêche des baleines. Mais ne nous méprenons pas, je ne fait pas ici du Brigitte Bardoisme basique, ou du Nicolas Ushaïaisme neuneu pas plus que du Yann Arthus qui en grand défenseur de l’environnement, sont aussi par leurs multiples déplacement des sources à faire sauter tout les indices carbones connu, surtout les deux derniers et monsieur photo vue du ciel… en hélico, le moyen de déplacement le plus polluant qui existe. Bon mais je m’emporte et je m’éloigne de nos charmantes amies les baleines.

C’était une baleine à bosse. Elle ne nous a pas fait le show, elle se reposait tranquillement, soufflant de temps à autre, nous donnant sa bosse et un peu de sa queue pour nos cartes mémoires avides.
Pour autant, et vu sa discrétion, pas sur que les photos soient inoubliables, mais le moment passé auprès de ce géant des mers, lui reste gravé à jamais dans nos cœurs.  


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