Hier matin au levé, une journée magnifique, un soleil
radieux sans l’ombre d’un nuage à l’horizon. Il y avait donc deux options qui
s’offraient à nous. La première consistant à faire la crêpe sur la plage comme
la touriste russe peinturlurée, aux ongles aussi longs et pointus que des
serres, et huilée de la tête au pied. On aurait dit une vieille frite oubliée
sur le rebord de la friteuse, beurk ! La seconde était la balade en bateau
traditionnel. Partant du principe que pour Gazelle et moi la plage des heures à
rien f… au soleil…ça nous saoule ! Nous sommes donc partis pour Krabi pour
retrouver No13, à savoir le rasta boat men qui nous avait accostés la veille le
long des quais.
On le retrouve en début d’après-midi, toujours aussi jovial,
alors qu’il attend des clients depuis 6h du matin, sans succès. Il met quelques
instant à réaliser que c’est nous qu’il a vu hier et que l’on vient exprès pour faire la
balade avec lui. Il est content comme tout et s’improvise guide touristique en
plus de pilote de bateau. Il nous emmène sur une ile quasi déserte à quelque
encablure de Krabi.
Grâce à lui nous allons croiser des iguanes en totale
liberté et dans leur milieu naturel. Au même endroit, une grotte préhistorique,
ayant aussi servi aux japonais durant la 2eme guerre comme cachette, mais aussi
comme décor de films. Un endroit superbe, hors des circuits touristiques
habituels, il faut approcher ces gens et accepter ce qu’ils proposent pour
découvrir ces lieux. Car la balade n’est pas finie et notre guide est une vraie
pipelette. Il nous emmène dans une ferme aux poissons. On va commencer la
visite avec une limule (savez pas quoi c’est ?!..google is your friend,
vais pas vous mâchez le boulot en plus non !), suivis de tortue de mer, de
crabe, de Cobia un poisson d’une voracité impressionnante et de poissons
ballons qui nous ont valu une belle partie de rigolade.
A ce sujet la vidéo
mise sur Facebook vous donne un aperçu. Cette ferme est sur la rivière et c’est
un vrai petit village de quelques dizaine de maison. Mouhammad notre guide,
nous explique que nous sommes dans un village de pêcheur exclusivement musulman
et que son village à lui est juste derrière accessible que par bateaux est
aussi un village totalement musulman et en plus sans voiture, c’est lui qu’il l’a
dit !
En fait son village est sur une ile et la navette entre l’ile et
Krabi ne se fait qu’avec les barques
Thaï, du coup seul les deux roues peuvent y prendre place. Mouhammad veut absolument
nous faire découvrir son village, sa maison, sa maman, ses cocotiers et tout le
toutim. Et c’est parti pour une visite on ne peut plus réaliste. Après la
route, le chemin de cailloux, nous voici au beau milieu de la mangrove sur un
petit chemin de terre humide, de planche et d’herbe. Au détour d’une clôture
nous sommes devant l’entrée de sa maison. Toute droite sortie d’une nouvelle de
Dickens.
Une voûte de feuille de palmier, cocotier et de palétuvier fait office
de véranda. Deux morceaux de bois en « Y » avec une demi écorce
deviennent un banc qui n’autorisera qu’un seul fessier à la fois. Nous entrons
alors dans la maison, même si le terme est assez mal choisi, car il n’y a pas
de porte. Et pourquoi une porte dans un endroit ou il n’y a rien à voler. Sa
maison est plus sur le modèle des abris
de jungle. Il en est très fier, car il l’a construite lui-même en six mois. Du
bois, du bambou, des feuilles de palmier, de la ficelle récupérée et quelques
clous. Le sol est en terre et une première pièce est devant nous. C’est la
salle à manger. Montée sur pilotis, elle trône à 80cm du sol et fait 4 à 5
mètres carrés. Ouverte à tout vent, son sol est fait de lattes de bambou. A l’arrière
de cette pièce, se situe une autre pièce importante, la cuisine. Sur le même
schéma, elle est moitié plus petite. Au dessus c’est sa chambre et deux autres
chambres en plus. Toujours avec un sol de bambou les chambres sont à moins de 3
mètres du sol. Les murs et le toit sont faits de feuille de palmier tressés.
Les vêtements sont suspendus à un bambou tendu sur le côté de la pièce, le
reste sèche à l’extérieur. Ils ont une petite fille superbe et devant l’entrée
sur un mètre cinquante de bambou, sèche la quasi-totalité des habits de la
petite.
Mouhammad est heureux et fier de sa maison qu’il a fait tout seul,
comme son petit coin de vie sur cet ilot. Les palétuviers, les bananiers, les
cocotiers, il a tout planté autour de chez lui. Il a l’eau courante qui arrive
dans un fût bleu à côté de sa salle à manger. Son seul souhait serait d’avoir
un peu d’argent pour refaire son toit un peu mieux. Il aime sa vie dans sa cahutte en pleine nature, mais il n’aime pas
être réveillé par l’eau qui s’infiltre de son toit et viens lui couler sur la
joue.
Il ne sait pas lire, ni écrire. Son anglais il l’apprend
dans la rue avec les touristes et si sa prononciation est parfois précaire, il
finit toujours par se faire comprendre. Il n’a rien, mais nous offre tout. Chez
lui nous allons manger le fruit du palmier d’eau et de la noix de coco, le tout
rincé d’une limonade très chimique acheté juste avant dans la petite boutique
du village. Dans son village on a l’habitude de la voir avec « ses
touristes », il n’emmène chez lui qui ceux qui ont du bonheur sur leurs
visages, à priori on a cet honneur. En quelques heures, nous savons ou il
habite, nous avons vu sa femme, sa mère, sa fille. Nous apprenons que le bateau
n’est pas à lui, il le loue 200 bath par jour, il lui faut au moins une balade
à 500 bath heure pour au minimum payer le bateau à son propriétaire. Nous avons
une autre culture, une autre vie et d’autres moyens, il n’y a pas de honte à
avoir avec ça, juste apprendre, comprendre et sentir, communiquer !
Son rêve c’est d’avoir un livre pour « lister » tous
les touristes qu’il promène, savoir qui ils sont et d’où ils viennent… et je
peux vous jurer que son livre il va l’avoir !
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