samedi 15 septembre 2018

Les dessous de la raie

Y’a pas à dire mais mes parents ont le feu au cul. C’est la 3eme fois qu’ils m’emmènent sur, où à proximité d’un volcan. Cette fois c’est le Agung qui est à vol d’oiseau à 38km de nous. Autrement dit un jet de pierre tellement il domine tout de ses 3000 mètres.


Ben notre villa est presque aussi haute que le volcan. Près de 200 marches d’escaliers pour arriver à elle. Alors bien entendu, avec la plus haute villa, on a une vue à couper le souffle, mais de toute manière après les 200 marches, il est déjà coupé depuis un moment.
Mamie aime beaucoup les escaliers, à la descente ! Dans l’autre sens elle médite sur les chaises en pierre bordant l’escalier sur les entrées des autres villas… Elle médite souvent !


Une fois en haut c’est le cadeau, le jackpot, le bonus ! La villa domine toute la baie. A marée basse c’est une myriade de bateaux qui sont posés sur le sable ou avec juste assez d’eau pour ne pas basculer. Mais seules les petites coques de noix à fond plat peuvent s’aventurer dans ces eaux peu profondes. A 4 ou 500 mètres la marée à découvert le récif qui fait une barrière naturelle. Les rouleaux s’enchainent et vont se fracasser sur ce petit récif haut de quelques centimètres à peine.
A marée haute les speedboats déversent leurs flots de touristes et en une fraction de seconde c’est le monde entier qui est sur la plage. La baie est entièrement submergée par l’eau et le trafic bateau, poumon de l’ile, est intense. Les locaux ont dit à maman qu’ils ne produisent rien sur l’ile. Le moindre grain de riz doit y être apporté. A marée haute des bateaux font aussi le vas-et-viens pour les surfeurs (sportifs à la noix) qui ne peuvent faire les quelques centaines de mètres à plat ventre sur leurs planches pour aller défier les rouleaux au niveau du récif. Certain vont se remettre des cheveux en Turquie, ou se gonfler les seins au Maroc, ici ils viennent se faire défoncer la gueule sur le récif. Pour avoir vu l’état d’une espagnole la tronche couverte de pansement, tu peux te dire que ses prochaines vacances c’est la Roumanie pour les dents, la Tunisie pour le visage et le menton et que grâce à tout ça elle aura assez de miles pour virer ses bourrelets en Croatie. 



Tout ce spectacle se fait face au majestueux Agung qui parfois grogne quant l’humain fait le malin. Le boss ici c’est lui et ses potes tout autour. Parfois les gens l'oublient, mais c’est eux qui l’ont modelé cette terre.


Bon je fais comme papa, je m’égare dans mes explications. Après toutes ces marches c’est une terrasse de 120m carré qui t’accueille. Table, chaises et un immense canapé rond pour lézarder face à cette baie. Derrière les baies vitrées, c’est un salon cuisine tout aussi grand. Deux grandes chambres et une plus petite ainsi que deux salles de bains. Les rapaces se sont attribué les grandes chambres et c’est bibi qui se tape le timbre-poste. Du coup cette débauche de luxe tropical te permet de mieux faire passer l’escalier de méditation !



L’autre jour papa a organisé avec maman une sortie pour les raies Manta à Manta Point la bien nommée. Je vais donc me mettre dans la peau de papa pour vous raconter avec un mélange de ces mots et des miens cette aventure maritime. Départ aux aurores avec Nova une guide bien sympa. Un bateau de 6 mètres environ, nous attend vers le pont jaune entre Lembongan et Ceningan. Aucun souci avec la coque de noix pour aller en mer, nous avons vu d’autre en république Dominicaine par exemple.



Pourtant très vite les choses vont se compliquer. Des bateaux rentrent avec des gens à bord signalant que ça bouge pas mal. Et il est vrai qu’une fois quitté le bras entre les deux iles et arrivé en pleine mer ça secoue plutôt. La houle est très forte et par moment c’est des murs d’eau qui sont devant nous, masquant totalement les bateaux que l’on voyait au loin quelques secondes avant.
L’enchaînement de montée et descente sur la houle te donne l’impression d’un grand huit incontrôlé. Et même si le pilote à l’air de bien connaitre la mer vers son île, il faut se rendre à l’évidence qu’il « rame » un peu avec autant de houle. Il baisse les gaz, les remets, par à gauche puis à droite ajoutant de l’amplitude au carrousel déjà existant. Poséidon joue avec ce fétu de paille que représente notre bateau sur cette mer démontée. Au roulis il faut ajouter le délicieux parfum du gasoil du moteur. La simple explication de ce passage donne du tangage à mon estomac.



Maman est déjà en mode transparente malgré son habitude du bateau. Pour ma part l’arrêt du moteur sur site marque le début d’une sale sensation. Autour de nous deux autres bateaux sont là, mais à priori seul deux personnes sont à l’eau dont une avec un gilet de sauvetage. Je me décide donc à demander si le gilet et conseillé ou pas. La guide indique qu’en cas de fatigue cela peut être bien. Vu l’état de la mer je me dis alors qu’il est peut-être plus prudent de les passer aussi. A peine le bateau stoppé je fini de mettre les palmes et me jette à l’eau. Avec un mal de mer qui démarrait dans le bateau je me suis dis que le mieux serait d’être au plus vite dans la mer. Juste avant de sauter, deux raies sont passées à côté du bateau. Je regarde le fond de l’eau, il semble être 6 ou 8 mètres au-dessous de moi, mais le ressac empêche d’avoir une bonne visibilité. L’eau est troublée et nous voyons un plancton luminescent qui se balade un mètre au-dessous de nous. C’est superbe et un banc de poisson divers viendra ajouter au ballet en cours. Mais pas l’ombre d’une raie. 


Après plusieurs minutes, bien longues, tangué par cette houle démoniaque, il faut se rendre à l’évidence que la raie s’est enfoncée en profondeur. Papa aime le double sens de cette phrase, maman sourit et mamie s’offusque de l’usage intempestif de langage trop imagé. Pour continuer sur le sujet, nous avons donc papa qui barbote, maman en mode inondation du masque et les raies aux abonnés absents.



Alors que la guide nage près de maman, papa lui dérive dangereusement vers les rochers ou viennent se fracasser d’énormes paquets de mer. Il lui reste une dizaine de mètre lorsqu’il finit par s’en rendre compte. Forçant sur les palmes avec vigueur, il rejoint maman et la guide pour demander le bateau. Visiblement quelque chose ne va pas. Immédiatement le bateau réagit et il monte à bord s’étalant de tout son long sur le fond. Décrochage du gilet de sauvetage, ouverture de la combi plongée et démoulage du petit déj pour partage avec les poisson!

Maman n’est pas au mieux, il faudra un moment de récupération et vu qu'ils sont 4 à bord dont le pilote qui doit rester sur le bateau, soit 3 dans l’eau. Vu cette mer agitée, papa refuse de tenter d’aller sur un autre spot pour voir des poissons. En cas de problème c’est mettre tout le monde en danger, inutile ! Maman aura droit a un petit supplément comme souvenir. Elle a bien senti quelque chose en remontant à bord, mais ce n'est qu'au retour à l'hôtel que l'étendue des dégâts sera visible. Sa cheville a été lacérée par une méduse. Une trentaine de plaques rouges sont visibles sur le pourtour et elle ressent une vive brûlure. Un peu de pommade apaise, mais l'avantage de voyager avec son pompier personnel est sa capacité d'extinction d'incendie fera le reste. Mais mon bisou magique sur sa cheville rougie sera au final le plus efficace des soins, d'ailleurs juste après ça il est parti le bobo!



Il faudra donc se contenter de la raie appelée aussi « sourire du plombier », elle peut aussi te donner l’envie de gerber, mais pas pour les mêmes raisons. Rentrée pataude et Nova la guide explique tout de même que si 4 fois par mois la mer est mauvaise, elle ne l’a jamais vue aussi déchainée. On n’aura jamais le fin mot de l’histoire, mais mon aînée mise au parfum a peut-être trouvé un début d’explication. En gros de minuit à 6h du matin ce jour, il a été indiqué 7 tremblements volcaniques profonds et une activité sismique insolite au niveau du Agung. Le seule vainqueur c'est lui. 


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